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Le Soutien des États-Unis au Fatah Crée un Nouveau Conflit

Issue: 43 Section: Français Geography: Middle East Palestine, Gaza Topics: civil war

March 2, 2007

Le Soutien des États-Unis au Fatah Crée un Nouveau Conflit

Le Hamas et le Fatah s'engagent dans une rivalité meurtrière.

by Jon Elmer

Un drapeau palestinien en lambeaux flotte sur Gaza. Photo: Jon Elmer

Le son des explosions, des fusillades intenses et des sirènes d'ambulances a de nouveau retenti dans la bande de Gaza, le 1er février, seulement deux jours après la cessation des combats entre les partisans du Fatah et du Hamas durant lesquels plus de 30 Palestiniens sont morts.

À la tombée de la nuit, on dénombrait six décès et plus de 60 blessés à Gaza. Des combattants fidèles au gouvernement élu du Hamas – la force exécutive du ministre de l'Intérieur et la milice du mouvement islamiste, les Brigades Izzadin Al-Qassam – affrontaient les forces de sécurité du Fatah, fidèles au Président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Dans l'après-midi, au moment des combats, le Hamas a intercepté quatre camions de chargement venant d'Israël par le passage de Kerem Shalom. Ces derniers ont voulu réquisitionner la cargaison d'armes destinée à la garde présidentielle, une force de sécurité fidèle à M. Abbas et soutenue par les États-Unis.

Un portrait de l'homme fort du Fatah et choyé des occidentaux, Mohammed Dahlan, dans ses quartiers å Gaza ville. Depuis décembre, les forces de sécurité du Fatah, soutenues par les États-Unis et le Canada, ont affronté les factions armées du Hamas, en plein Gaza, lors de combats d'une violence sans précédent. Photo: Jon Elmer

Le Fatah a officiellement nié toute connaissance de cette cargaison d'armes. Selon son porte-parole, Tawfiq Abu Khoussa, le convoi transportait seulement des tentes, des générateurs et du matériel médical.

En décembre dernier, un chargement de 2 000 fusils, 20 000 chargeurs et 2 millions de cartouches d’origine égyptienne était transporté à travers ce même passage de Kerem Shalom. Le convoi, officialisé par Israël, avait également rejoint la bande de Gaza.

La reprise de la violence s'est produite au moment où Washington a annoncé le débloquement de 86,4 millions de dollars supplémentaires pour soutenir le Président M. Abbas.

Les dirigeants du Hamas ont dénoncé la participation de Washington dans l’entraînement et le financement des forces de sécurité du Fatah. Son porte-parole, Ismayil Radwan, a déclaré dans une intervention publique que l'intention de Washington était de « susciter une guerre civile dans l'arène palestinienne ».

Pour Mouin Rabbani, analyste éminent à l'International Crisis Group, les États-Unis poussent la garde présidentielle de M. Abbas à devenir la principale force de sécurité palestinienne. « Elle est renforcée afin de combattre la force exécutive du Hamas » a-t-il affirmé à IPS. Selon lui, les États-Unis travaillent sur le long terme au lieu de chercher à attiser les récents affrontements à Gaza.

« Il n'y a pas d'instigation directe des Américains car ils ne sont pas encore convaincus que le Fatah est prêt à affronter le Hamas », poursuit M. Rabbani. « Mais ils commencent à fournir des quantités importantes d'armes, entraînent et financent le Fatah dans l’espoir qu’il dominera le conflit final. »

Washington a confirmé l’entraînement de la garde présidentielle de M. Abbas à la tactique des combats de rue, à Jéricho en Cisjordanie, sous la direction du lieutenant général Keith Dayton, coordinateur américain de la sécurité auprès d'Israël et de l'Autorité palestinienne.

En décembre, K. Dayton avait déclaré au quotidien israélien Yedioth Ahronoth: « Nous sommes engagés dans le renforcement de la garde présidentielle, procédant à son instruction, l'aidant à se développer elle-même et lui donnant des idées ». K. Dayton avait démenti la préparation de cette force à la confrontation avec le Hamas.

Toujours en décembre, le Congrès américain a voté la loi contre le terrorisme palestinien. Celle-ci vise explicitement la direction élue du Hamas et cherche à soutenir l'Autorité palestinienne en association avec le Fatah.

En vertu de cette loi, les États-Unis sanctionnent le Hamas jusqu'à ce que « l'Autorité palestinienne, contrôlée par le Hamas, accomplisse des progrès notoires dans la purge des individus des services de sécurité liés au terrorisme, dans le démantèlement de toutes les infrastructures terroristes, dans la coopération avec les services de sécurité israéliens, dans l'arrêt de toute motivation anti-américaine et anti-israélienne, et dans l'assurance de la démocratie et de la transparence financière. »

Le mouvement islamique Hamas a mis fin à 40 années de règne du Fatah sur la scène politique palestinienne en gagnant les élections parlementaires de janvier 2006. Un régime de sanctions sévères, initié par les États-Unis, a été imposé au Hamas lors de la formation du gouvernement au mois de mars suivant. C'est la première fois, selon les Nations Unies, que de telles sanctions sont prises contre une population sous occupation. Les sanctions ont aggravé la situation à Gaza, déjà qualifiée de crise humanitaire par des agences onusiennes comme le Programme Alimentaire Mondiale (PAM).

Au minimum, les trois quarts du million et demi d’habitants vivent dans la pauvreté et sont menacés d'insuffisance alimentaire. En outre, plus de 220 000 personnes sont totalement dépendantes de l'assistance alimentaire du PAM.

Cependant, d'après les sondages, les sanctions ne sont pas parvenues à éroder la popularité du Hamas.

Pour les Palestiniens, ce combat interne est une crise supplémentaire à celle des 40 années d’occupation israélienne. « Ce matin, je voulais amener ma fille au jardin d'enfants, mais je n'ai pu passer à cause des barrages routiers. Toutes les boutiques sont fermées et les rues sont vides. La population de Gaza écoute seulement les nouvelles et les coups de feu », a confié Nabil Diab, chargé des relations publiques pour le Croissant Rouge palestinien à Gaza ville.

« Les gamins avaient l'habitude de jouer aux “Palestiniens contre les Israéliens“. Maintenant, ils jouent au “Fatah contre le Hamas“ », dit le père de deux enfants.

Le Centre Al-Mezan pour les Droits de l'Homme à Gaza a dénombré 63 morts et plus de 300 blessés durant les combats de décembre entre le Hamas et le Fatah.

Ces affrontements armés ont lieu dans l’une des régions les plus densément peuplées du monde et font énormément de victimes civiles : huit enfants tués et plus de 30 blessés durant le mois de janvier. Une souffrance de plus pour les habitants de Gaza qui ont vécu 60 ans de déplacements forcés et sept années de guerre longue et oppressante avec Israël.

Les Palestiniens restent lucides sur les conséquences de cette lutte politique interne. Cette phrase lâchée à IPS par une habitante de Gaza, pressée de rentrer chez elle avec ses courses, résume bien leurs inquiétudes : « Si ces combats continuent, nous allons nous anéantir nous-mêmes ».

Sources : IPS, « U.S. Backing for Fatah Stirs New Conflict »
Traduction : Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) et Vivien Jaboeuf

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