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Nourrir la fleur ou couper la tige ?

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Section: Français Geography: Latin America Haiti

November 1, 2005

Nourrir la fleur ou couper la tige ?

La démocratie en Haïti promue par le Canada

by Justin Podur

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Pour l'élection présidentielle de l'après coup d'Etat, les Haïtiens auront le choix entre 54 candidats le 20 novembre prochain. Le « conseiller spécial pour Haïti » du Premier ministre canadien, Denis Coderre, a laissé entendre hier que cette liste étendue était une bonne chose, un signe que « la démocratie était comme une fleur qui a besoin de soins permanents ».

Mais cette longue liste de candidats accuse une absence notable, celle du Père Gérard Jean Juste qui se trouve actuellement en prison (la discussion sur la raison de sa situation devra être remise à plus tard, mais il faut savoir qu'il est prisonnier politique et répond à des chefs d'accusation qui sont dénués de preuve). Du fait de son emprisonnement, il n'a pas pu déposer sa candidature en personne comme l'oblige le Conseil électoral provisoire d'Haïti. Selon les termes de la constitution haïtienne il est possible de s'inscrire en tant que candidat à la présidentielle même si l'on ne peut le faire en personne, à partir du moment où la candidature est présentée par deux avocats et un juge d'instance. C'est, nous a-t-on dit, ce que les gens de Jean Juste ont tenté de faire, mais leur demande a été rejetée.

Je n'ai pas rencontré en personne le Père Jean Juste, mais j'ai vu son visage ce matin sur un tee-shirt dans le grand quartier populaire de Bel Air. Un militant du Lavalas (parti politique de J-B. Aristide) du nom de Samba Boukman nous a rencontrés dans sa petite cour. En s'approchant, il a montré du doigt le tee-shirt et a dit : « C'est lui le Président du peuple ».

Tout à côté de la cour où nous avons parlé avec S. Boukman, aussi responsable du programme de jeunesse Zakat, se trouvait le quartier général des Nations Unies. Des troupes brésiliennes étaient là, dans des jeeps, en voitures blindées, et à pied afin d'apporter du renfort aux coins des rues. MINUSTAH, la « Mission de stabilisation » des Nations Unies, était là en force.

La MINUSTAH est sur l'île pour ce qu'on appelle le « DDR », Désarmement, Démobilisation et Réintégration. Pourtant, d'après ce que nous avons entendu, il serait plus approprié de l'intituler « DAM » comme Désarmement, Arrêts et Misère. Le programme de la MINUSTAH est de collecter les armes détenues par des jeunes et d'aider ces derniers à « réintégrer » la société. Mais le processus semble faillir après la phase de désarmement. Cela ne sert à rien de le nier : certains de ces jeunes vivent dans des conditions de pauvreté telles qu'ils doivent voler pour survivre. Ils éprouvent alors davantage de désespoir, un sentiment de vulnérabilité, la peur de devenir des proies lorsqu'ils n'ont pas d'arme. Ce dont ils ont besoin - ce que des organisations comme Zakat tentent de fournir - ce sont des nécessités de base et une réelle infrastructure sociale et politique. Zakat, par exemple, offre des petits déjeuners aux jeunes. Ce matin-là, il n'y avait plus de riz et les enfants avaient faim.

La MINUSTAH n'a pas la responsabilité de fournir du riz. Elle s'occupe de la collecte d'armes, de l'arrestation des enfants en les livrant à la Police Nationale Haïtienne (PNH). La PNH est elle-même souvent impliquée dans les affaires de répression et d'abus, comme on nous l'a expliqué aujourd'hui à l'aide d'anecdotes : 18 jeunes gens qui avaient rendu leurs armes la semaine dernière ont été arrêtés peu après. Un jeune homme qui a rendu son arme, a été également retenu par la MINUSTAH, envoyé à la PNH et a été vu plus tard dans la rue le visage défiguré.

« Les élections sont notre dernière chance de résoudre les problèmes de ce pays », avertit S. Boukman. Et, malheureusement, beaucoup veulent que cette chance soit manquée. A Bel Air, grand quartier qui compte quelques 34 circonscriptions, chacune des écoles publiques contenait un bureau de vote pour les élections de 2000. Aujourd'hui, il y a un seul bureau d'inscription électorale pour le quartier Bel Air entier, celui de St. Martin. Les partisans du Lavalas se sont-ils inscrits pour voter ? Oui, du moins jusqu'au 13 septembre, date à laquelle Jean Juste s'est vu refuser sa candidature.

La situation à St. Martin a confirmé les propos de S. Boukman. Pour une ou deux personnes qui s'inscrivent, cinq ou six personnes travaillent. Le coordinateur du bureau de vote nous a expliqué qu'à ce même bureau, actuellement vide, ils avaient inscrit 3 000 personnes en une semaine (la dernière semaine du mois d'août), et que les gens se sont attroupés jusqu'au 15 septembre. Puis, plus personne n'est venu. Boukman affiche un autre point de vue. Selon lui, le prolongement à répétition du délai d'inscription n'a fait que casser l'empressement de la population à s'inscrire.

Le système d'inscription sur les listes électorales n'est vraiment pas destiné à plaire aux défenseurs des libertés publiques. Les Haïtiens doivent en effet fournir des empreintes digitales, une signature et des photos qui seront, à terme, regroupées dans une seule base de données. Ils obtiendront une seule carte d'identité qui sera valide 10 ans. Ils n'obtiendront peut être pas de petit déjeuner, mais il leur sera offert de la vraie identification high-tech. Et ils en auront besoin, des services sociaux aux impôts, aucun Haïtien ne pourra se passer de la nouvelle carte d'identité. Du moins, c'est ce qui a été prévu.

Entre-temps, les policiers de la PNH conduisent des opérations SWAT pour lesquelles ils portent des cagoules…

Traduit de l'anglais par Aroa El Horani

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