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Le destin des Bushmen est en suspens

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Issue: 33 Section: Français Geography: Africa Botswana Topics: Indigenous

February 1, 2006

Le destin des Bushmen est en suspens

Les bushmen luttent pour leur survie dans un procès intenté contre le gouvernement du Botswana

by Vivien Jaboeuf

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Roy Sesana, aussi connu sous le nom de Tobee Tcori, porte-parole et chef de file de l'organisation First People of Kalahari
« Je me demande de quel développement il s'agit lorsque les gens vivent moins longtemps qu'avant ? Le sida fait des ravages parmi nous. Nos enfants sont maltraités dans les écoles et ne veulent plus y aller. Certains d'entre nous se prostituent. Nous n'avons pas l'autorisation de chasser. Les gens se battent entre eux par ennui et parce qu'ils boivent. On commence à constater des suicides. Nous n'avions jamais vu cela. Cela fait mal à dire. Est-ce cela le développement ? »

Voici le triste constat dressé par Roy Sesana, le porte-parole de First people of Kalahari (FPK), une organisation qui regroupe les Bushmen Gana et Gwi du Botswana, des populations de chasseurs-cueilleurs vivant dans le désert du Kalahari depuis 20 000 ans. Lors d'une visite de sensibilisation en Europe, R. Sesana a reçu à Stockholm le Right Livelihood Award 2005, plus connu sous le nom de Prix Nobel Alternatif, pour sa « détermination à résister à l'expulsion de leurs terres ancestrales ».

Une oppression qui date
« La question de notre terre est depuis longtemps un enjeu de taille et les problèmes ont commencé dans les années 80. Le gouvernement du Botswana a tenté de nous expulser de notre terre ancestrale, la réserve du Kalahari, et ses attaques se sont faites à répétition », rappelle le leader de FPK.

Le combat des Bushmen s'est intensifié en 1997 lorsque le gouvernement botswanais a délogé 2 000 habitants de la Réserve du Kalahari Centrale (CKGR) pour les installer dans les camps de Kaudwane, New Xade et Xere. La dernière expulsion massive s'est produite en 2002, la même année où le nombre de licences d'exploration diamantifère a plus que triplé dans la région. Quelques 700 personnes vivant encore dans la réserve ont été envoyées de force vers ces camps de relocalisation, baptisés « lieux de la mort » par ses occupants.

Selon l'organisation internationale Survival, très engagée dans la défense des peuples autochtones, Gana et Gwi « ont été arrêtés, battus, torturés et interdits de chasse et de cueillette ». Le 24 septembre dernier, les membres du FPK ont été emmenés et brutalisés par les forces de l'ordre au moment même où ils apprenaient l'attribution du Prix Nobel Alternatif.

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L'organisation First People of the Kalahari (FPK) a été crée en 1991 pour défendre les droits de l'homme et spécialement le droit à la terre
Le gouvernement pris en défaut Ce sont alors 248 expulsés qui ont plaidé leur cause devant la Haute Cour de justice du Botswana à partir de juillet 2004. Le gouvernement du président Festus Mogae s'est alors retrouvé en position de défense dans un son propre pays.

Malgré les interruptions et les reports d'audience, les témoignages et contre-interrogatoires ont tourné en faveur des Bushmen, démontrant que la défense de l'accusé se basait sur de nombreux mensonges, contradictions, rapports fallacieux et attestations d'experts corrompus.

Conséquence tangible de cette attitude mystificatrice, le principal avocat de la défense et conseiller spécial du président Festus Mogae s'est vu ordonné sa propre arrestation et incarcération pour outrage à la Cour. Celui-ci, refusant qu'un officier de police porte la main sur lui, s'est enfui à l'aide d'un témoin cité par le gouvernement.

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Dans la Réserve du Kalahari Central, au Botswana
Un rapport de force inégal Le gouvernement, ne voulant épargner aucun moyen pour parvenir à ses fins, a cherché à déstabiliser ses accusateurs en employant des moyens de pression souvent ignobles et allant à l'encontre de la justice. Ainsi, le périmètre de la réserve a été bouclé, empêchant toute communication, apport de soin et de nourriture. L'approvisionnement en eau des derniers opposants à la déportation a également été coupé. Malgré l'autorisation de la Haute Cour, les avocats n'ont pas pu consulter leurs clients restés dans la réserve.

Enfreignant la loi en vigueur, les autorités locales ont supprimé les permis de chasse qui permettaient aux habitants des camps d'échapper à une famine cruellement orchestrée par le gouvernement. De nombreuses personnes sont régulièrement arrêtées pour avoir outrepassé cet ordre inique. En Juin dernier, sur le même motif, sept personnes ont été torturées par des fonctionnaires du Département de la faune et la flore dans le camp de relocalisation de Kaudwane. L'un d'entre eux, Selelo Tshiamo, a succombé à ses blessures.

Sentant cependant le vent de la justice tourné en sa défaveur, le gouvernement a décidé de redéfinir les cartes du jeu en changeant, ni plus ni moins, la Constitution du pays. Le Parlement a alors voté un amendement supprimant une clause qui offrait une protection attentive de la Réserve et de ses habitants et sur laquelle les Bushmen appuyaient leur cause.

Selon Stephen Corry, directeur de Survival International, « le gouvernement affirme vouloir changer la Constitution afin de la rendre « ethniquement neutre ». En fait, supprimer cette clause revient à retirer la seule protection constitutionnelle accordée à un peuple déjà très vulnérable au moment où il en a le plus besoin. (…) Tout cela confirme la tendance du gouvernement à faire plier la loi et même la Constitution pour arriver à ses fins ».

En attente de justice
La tournure des évènements semble de mauvais augure pour les populations Bushmen du Kalahari d'autant plus que les agressions et les menaces de mort à leur encontre se sont intensifiées ces derniers mois. Les lenteurs et les égarements de la Cour prolongeant le procès le plus coûteux de l'histoire du pays ne font qu'ajouter à leur interminable souffrance.

« Si le gouvernement du Botswana ne revient pas rapidement à la raison et (…) si la Cour fléchit, ce procès mettra un terme définitif à l'existence des Bushmen gana et gwi. Leur dernier espoir repose probablement sur l'opinion internationale, la plus Haute Cour qui soit », avertit S. Corry avec un pessimisme relatif.

Toutefois, les juges semblent faire preuve d'impartialité en n'écartant aucun témoignage et en refusant l'attitude autoritaire de la défense. Une récente décision de la Haute Cour allant dans le sens du retour des déplacés offre une lueur d'espoir quant à la suite du procès. Un éleveur et sa famille ont reçu l'autorisation de rejoindre la Réserve, de récupérer leur troupeau de chèvres tout en ayant accès à l'eau potable.

Le procès intenté par les Bushmen au gouvernement du Botswana a été ajourné le 15 septembre jusqu'en février 2006 pour permettre aux Bushmen de réunir les fonds nécessaires à la poursuite de leur action.
A paraître, le second volet de l'article.

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