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L'Argentine: Survivre par le Troc

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Section: Français Geography: Latin America Argentina

February 23, 2005

L'Argentine: Survivre par le Troc

by Rim Boukhssimi

Le 9 mars 2004, le gouvernement argentin et le Fonds Monétaire International sont parvenus à un accord de dernière minute évitant ainsi la cessation du paiement de la dette de l'Argentine évaluée à plus de 150 milliards de dollars. Déconsidéré par la grande organisation financière, en 2001, l'ancien « bon élève » du FMI avait sombré, du jour au lendemain, dans une crise économique sans précédent. Les gouvernements sont tombés les uns après les autres et les Argentins, après avoir tout perdu et s'être vu refuser l'accès à leurs épargnes banquaires, ont été forcés d'imaginer des solutions pour survivre.

A cause de ce désastre économique et social, le pays a même fini par être classer parmis les pays du Tiers Monde : 14 millions de démunis (sur 37 millions d'individus), dont 5 millions vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Plus de 200 000 argentins ont quitté le pays et 20 % de la population vit maintenant grâce à une économie parallèle ingénieuse où l'argent n'existe pas : le troc, soit la forme d'échange économique la plus vieille du monde. Totalisant des transactions d'un montant équivalant à 100 millions de dollars par an, les « clubs de troc » semblent s'imposer comme le remède à la pauvreté et au chômage dans lesquels s'enlise la population.

Alternative à une monnaie qui n'a plus de valeur

trueque_web.jpg Photo: Indymedia Argentine
Le premier « club de trueque » (club de troc) est né en 1995 à l'initiative d'une vingtaine de personnes pour pallier la crise mexicaine dont la rapide propagation, appelée « l'effet tequila », avait touché l'Argentine de plein fouet. Le troc est vite devenu populaire auprès des citoyens apeurés et ne pouvant plus faire confiance à un gouvernement incapable de les nourrir.

Dès 1999, plus de 150 000 personnes et plus du double après 2001 ont participé au système de troc. Tout est parti de la banlieue de Buenos Aires où la population, à défaut d'argent, a commencé à s'échanger des services. Par exemple, un jeune étudiant aidait une dame à réparer sa plomberie et cette dernière, en guise de paiement, lui préparait des plats cuisinés pour la semaine.

Rapidement, leurs idées ont évolué en fonction des besoins de la population. Ce système d'échange touchant bientôt tous les secteurs d'activités (certains services de santé se troquant contre du pain ou des œufs), il est apparu nécessaire pour les citoyens de se constituer en club. Les clubs de troc ont encouragé alors les chômeurs et les plus démunis à produire leurs propres biens et services puis à les échanger ensuite sur le marché « social ».

Le nombre de personnes concernées par le troc augmentant de façon constante, les participants ont été obligés de comptabiliser les échanges et de les instrumentaliser. Désormais, des bons, portant le nom de « creditos », sont émis sur une base de confiance, principe fondamental du Réseau Global de Troc regroupant tous les clubs de troc : « Les seules conditions que nous demandons aux membres du Réseau de respecter sont d'assister aux réunions périodiques des groupes, de s'engager dans les programmes de formation, de produire, de consommer des biens et des services et d'échanger le savoir à l'intérieur du Réseau. Nous soutenons que chaque membre est l'unique responsable de ses actes, produits et services ».

Les « creditos » sont des « crédits à l'heure » qui permettent de revenir à la véritable « monnaie » d'échange qu'est le travail : on échange des heures de travail plutôt qu'une monnaie abstraite. Il circule aujourd'hui plus de 200 millions de crédits, soit 80 % des monnaies existantes en Argentine (pesos, dollars, monnaies provinciales).

Une économie parallèle qui prend de l'importance

Les réseaux de troc ont permis à la population de remédier à ses problèmes d'argent en jonglant avec deux systèmes économiques : d'un côté, les pesos des salaires paient le loyer, les frais scolaires et les impôts ; de l'autre, les « creditos » permettent de remplir le frigidaire et de s'habiller.

Selon Eduardo Ovalle, du groupe de réflexion « Nueva Mayoria », « rejoindre les milliers de gens qui vivent actuellement sans argent -ou presque- grâce au troc, c'est la seule manière de subsister en Argentine. Celle-ci est assez commune dans la classe ouvrière, mais elle s'est récemment répandue dans tous les échelons de la société et même dans les pays voisins ».

En effet, des expériences similaires se développent au Brésil, en Uruguay, en Bolivie, en Équateur ou encore en Colombie. Synonyme de coup de pouce de fin de mois, les clubs de troc ont donné lieu, par la suite, à une véritable économie parallèle qui a permis la participation d'autres acteurs sociaux, en particulier l'État. En 1997, le secrétaire des Affaires sociales de Buenos Aires, ayant compris les bénéfices des échanges de biens et services, a établi un programme d'appui au troc multi-réciproque qui légitime implicitement les opérations en crédits émis par les usagers. Le soutien officiel de la capitale à ce système ouvre de nouvelles perspectives à ce qui était jadis considéré comme un « marché noir ».

Ainsi, le gouvernement pousse-t-il les entreprises à s'adapter aux exigences d'un système économique à deux marchés autonomes. Certains maires acceptent même le troc direct en paiement des retards d'impôts : un mécanicien peut rembourser sa dette en réparant des voitures.

Selon Heloisa Primavera, professeur à la Faculté des sciences économiques de Buenos Aires et participant actif au réseau, la « victoire n'est pas seulement d'avoir réinventé la vie en réinventant le marché, nous avons surtout ouvert un chemin aux exclus du progrès social et de la croissance économique ».

Solution vouée à l'échec?

Cependant les économistes sont de plus en plus inquiets devant la montée fulgurante de cette économie où l'argent n'existe plus. Selon Marshall Goldman, économiste américain, le troc pourrait avoir des conséquences aussi désastreuses en Argentine qu'en Russie il y a dix ans.

Avant la chute de l'économie russe, en 1998, le troc équivalait à près de la moitié des transactions commerciales. Or, à cette échelle, rappelle Goldman, l'échange de biens et de services encourage l'évasion fiscale, l'inefficacité et la corruption. Mais, pour lui, tout n'est pas sans espoir : « Le troc est un signe que quelque chose ne tourne pas rond dans l'économie, mais c'est aussi la preuve que les gens tentent de s'en sortir et de relancer la production ».

L'économie argentine est en effet malade, mais le troc semble une solution plus que salutaire pour une population qui n'aurait jamais pu survivre sans entraide. Aujourd'hui, les « creditos » donnent accès aux soins de santé, permettent de payer ses impôts et même de prendre l'avion. C'est à se demander si le troc n'est pas la solution d'avenir…

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